“The Illusion” est un premier pied dans les rues de Salem. Dream Machine laisse toute sa place à la guitare qui semble mener ce morceau à la baguette (ça fait sens ?). L’orgue s’affirmera plus tard, une chose est sure, nous voilà plongés dans un drôle de monde dans lequel le rock seventies semble avoir muté en quelque chose de malsain mais de terriblement bon. Dream Machine se serait-il inspiré de Stephen King ?! Very likely…
“Eye For An Eye” franchit un cap psychédélique supplémentaire. Doris fait son apparition avec grâce, une longue robe blanche qui flotte dans les airs et déjà des airs de ces grandes chanteuses d’un temps passé qu’elle semble tant admirer. “I Walked In The Fire“, enfin, complète cet excellent trio introductif. Premier single dévoilé de cet LP, il allie vitesse et performance dans une ambiance post Black Sabbath qui semble briller à travers tous les atouts d’un magicien un peu glam rock – comme je le disais – qui n’hésite pas à faire crisser sa guitare.
“Buried Alive” est assurément l’un des morceaux les plus mélodiques de cet LP. Le cérémonial se fait dans la joie et dans le gore. “Torn From The Hands Of Another” en rajoute une couche lorsque Doris demande de déchirer la main de son compagnon. Vient alors “All For A Chance” qui fait étrangement ressortir un peu de l’univers de Warm Soda alors que la voix de Doris Melton n’a jamais été aussi évidente. Si le rythme est rapidement imprimé, l’orgue et la guitare – sur le final – font des merveilles que personne d’autre n’avait jamais eu l’idée d’exploiter.
Et c’est finalement avec “Lose My Place In Time” qu’arrive la cérémonie du bûcher. Matthew nous demande de regarder le visage des gens qui sont là, venus pour voir bruler la sorcière. Ce titre, un nouveau sans faute, fait de The Illusion un album joyeusement vicié. Et lorsque l’on commence enfin à s’habituer au combo guitare / orgue, Dream Machine choisit de laisser exploser la batterie. La petite liqueur du premier morceau commence à faire son effet, la musique de Dream Machine nous fait imaginer des visages déformés et monstrueux, bienvenue dans les 70s à une époque où le romantisme voulait encore dire sacrifice de son corps – oui, je parle bien des années 1770s.
Lorsque j’ai demandé à Doris si la musique de Vanilla Fudge avait inspiré Dream Machine, celle-ci m’a répondu que l’on “dirait que tout en 2017 doit inclure au moins un bout de musique-robotisée-par-ordinateur-à-refiler-une-attaque-cardiaque, ou des tentatives paresseuses de garage rock. Ça veut dire beaucoup d’être comparé à Vanilla Fudge, car leur musique signifiait réellement quelque chose. Maintenant, quand tu allumes la télé, c’est pour voir quelqu’un remuer ses fesses et chanter sur ses rencontres sans intérêt. On dirait que le romantisme a été retiré des gens, il est en voie d’extinction. C’est triste parce qu’une grande partie de l’amour est cette romance, sans laquelle il ne nous resterait que des mouvements physiques insignifiants. Les groupes de l’époque comme Vanilla Fudge parlaient vraiment de cœurs brisés parce qu’ils avaient des sentiments sincères“. Dream Machine veut se placer dans le même sillon, ce qu’il fait avec brio.
“Caught In A Trap” a un son plus grave que la plupart des autres morceaux de cet LP. L’orgue est aussi plus rond, Dream Machine temporise à merveille, ce que “Nothing Left” ne fait jamais que confirmer. La pleine lune brille de tout son éclat, Dream Machine a définitivement attiré tous les villageois sur la place du village, Salem est noire et orange, les allures 70s de cette musique ont eu raison de notre apathie.
“Back To You“, c’est le plus grand morceau de cet album. Dream Machine utilise l’orgue comme personne ne le fait, l’introduction instrumentale dure plus de deux minutes, Dream Machine gravit les échelons du titre psyché au sens des compilations Nuggets pour finalement arriver au sommet du genre, il faudra longtemps se souvenir qu’un couple de sorciers est à l’origine de ce doux revival. “Weeping Statue” est là pour nous faire doucement redescendre sur terre, alors que Salem éteint ses lumières, ses habitants heureux du carnage qui vient d’être commis…
Au final, The Illusion est un album comme il n’y en a pas deux. Les démons qu’il laisse passer nous rappellent une musique seventies à la Vanilla Fudge / Black Sabbath qui n’a plus été portée au sommet du cool depuis fort longtemps. On sait que Matthew Melton est à l’origine de l’excellent revival power pop de ces dernières années, alors pour quoi ne pas penser qu’il sera également à l’origine de celui d’un rock’n’roll épique, analogique et psychédélique.
Ou plutôt devrais-je parler de renouveau plus que de revival tant la musique de Warm Soda comme celle de Dream Machine s’inscrivent dans le prolongement d’une longue tradition sans se contenter toutefois de copier ce qui a pu être fait par le passé. Une chose est sure, The Illusion marque 2017 de son sceau et Doris Melton vient de gagner tous ses galons de sorcière avisée, d’un coup d’un seul.
Dream Machine – Back To You
Dream Machine – I Walked In The Fire